C’est bien connu : les bonnes résolutions ont la fâcheuse tendance à s’évaporer juste après qu’on les a formulées, tant et si bien qu’on a toujours plus de résolutions à tenir que de méthodes pour s’en souvenir… Porte-plume vous en propose donc une des plus simples : les écrire à la main ! L’idée n’est pas aussi ingénue qu’on pourrait le penser, à l’heure où l’importance de l’écriture manuelle est remise en question.

 

Et pour preuve : en novembre dernier, le gouvernement finlandais prenait la décision de remplacer, dès la rentrée 2016, l’apprentissage de l’écriture manuelle par celui de l’écriture dactylographique. L’Office national de l’éducation finnois a précisé que, de nos jours, « avoir de bonnes compétences dactylographiques est devenu d’importance nationale. Ce sera un bouleversement culturel majeur, mais savoir écrire avec un clavier est plus pertinent pour la vie quotidienne. » La mesure, du reste, a été globalement bien accueillie par les instituteurs du pays.

 

Cette décision, pour extrême et prématurée qu’elle puisse nous paraître, à nous autres les éternels nostalgiques des encriers, n’est pourtant pas la première dans son genre : aux États-Unis, quarante-cinq États ont déjà supprimé l’écriture cursive (c’est-à-dire, « en attaché ») du socle des apprentissages scolaires obligatoires, cédant dans ce cas la place à une écriture en capitales d’imprimerie. À l’heure du tout numérique, notre attachement à la douce sensation de la plume glissant sur le papier serait-il donc devenu rétrograde ?

 

Peut-être des éléments de réponse existent-ils au delà d’un débat culturel des plus légitimes, qui a, par ailleurs, déjà fait couler beaucoup d’encre sur la toile. Ces décisions, en effet, semblent avoir des conséquences importantes dans la formation de nos esprits. Il ne s’agit donc pas seulement de s’offusquer du fait que les Finlandais se sont faits à l’idée qu’ils ne seront peut-être plus capables d’écrire de belles cartes postales au stylo plume, mais plutôt de comprendre quelles sont les implications cognitives de cette mesure qui est, avant toute chose, éducative.

 

Dans les années 2000, nombre de publications scientifiques mettaient déjà en avant des expériences conduites par des experts des neurosciences cognitives dont le but était d’analyser les enjeux de l’écriture manuelle. Parmi celles-ci figure notamment l’expérience menée conjointement par des chercheurs de l’Université Paul Sabatier de Toulouse et des chercheurs de l‘Institut des Neurosciences Cognitives de Méditerranée en 2006. Le but était de comparer l’efficacité de l’écriture manuelle et celle de l’écriture dactylographique dans l’apprentissage de nouveaux caractères.

 

Les chercheurs ont montré, sur la base des résultats de tests passés par les deux populations expérimentales (l’une ayant eu recours à l’écriture dactylographique, l’autre à l’écriture manuelle), que cette dernière joue un rôle crucial dans la représentation des lettres. Autrement dit, nos représentations mentales des caractères ne sont pas seulement visuelles mais également sensiromotrices. Par ailleurs, l’expérience montre que les écarts de résultats sont d’autant plus grands que les tests sont éloignés dans le temps de la période d’apprentissage : écrire en traçant des lettres permet donc de mieux mémoriser dans la durée ce que l’on apprend.

 

Certes, savoir écrire sur un clavier est devenu plus pertinent pour la vie quotidienne, mais pas pour la formation de nos capacités de mémorisation. Nous avons donc trouvé intéressant, chez Porte-plume, de comprendre comment, au delà des livres que nous transmettons, l’écriture contribue à construire notre mémoire. Et pour l’heure, nous écrivons nos bonnes résolutions à la main !

 

Pour avoir un autre avis sur la réforme éducative en Finlande, c’est par ici !

 

Pour en savoir plus sur l’expérience mentionnée dans l’article, c’est par  !