« Ah, si tu avais fait la guerre, tu ne dirais pas ça ! ». On a tous entendu un jour ou l’autre nos grands-parents ou l’un de leurs amis nous déclarer cette phrase, avec cet air absent de celui qui a vécu des choses terribles.
Mes grands-parents à moi ne sont hélas plus de ce monde, mais je me souviens très bien de tas de petites anecdotes du quotidien qui avaient frappé mon esprit de petite fille d’alors : le pain frais du jour qu’on laissait de côté tant qu’on n’avait pas terminé celui de la veille, les fruits qu’on mangeait en choisissant d’abord le plus avancé, et tant pis si les autres allaient trop mûrir à leur tour en attendant leur heure, les récupérations de moindres petites bricoles glanées à droite à gauche, parce que ça peut servir, sait-on jamais…

 

Enfant, je trouvais bien entendu toutes ces manières fort inutiles, moi qui avais toujours eu la chance de vivre confortablement et de n’être privée de rien d’essentiel.
Plus tard, avec les années de lycée et les cours d’histoire au sujet de la Grande Guerre de 14-18, puis du second grand conflit mondial de 39-45, j’ai vu les choses différemment. Des mots abstraits pour moi, tels que « tranchées », « poilus », « BlitzKrieg », « collaboration » ou « déportation » ont révélé leur véritable concept. Les images des livres se sont ajoutées et mélangées à mes souvenirs de discussion en famille, laissant entrapercevoir ce qu’avait pu être le quotidien des hommes et des femmes en ces temps de guerre.

Je crois que ce n’est qu’aujourd’hui, alors que je suis désormais adulte et responsable, que je suis en pleine mesure d’entendre et de comprendre véritablement les souvenirs et les anecdotes que me racontait notamment mon grand-père. Lui qui prenait tant de pincettes pour dire les choses à sa petite fille de huit ans, aurait sans doute été plus direct et franc face à l’adulte qu’elle est devenue.

 

Mes grands-parents à moi ne sont hélas plus ce de monde, mais c’est aujourd’hui que j’aurais à cœur de comprendre ce qu’a été leur vie en temps de grande guerre, et toutes les répercussions sur leur façon de penser et de construire leur quotidien.
J’aurais aimé qu’ils aient l’occasion de transmettre leur mémoire par écrit, de coucher sur le papier tous leurs souvenirs marquants, pour que nous, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, puissions découvrir aujourd’hui quelle a été leur véritable histoire.

 

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