Le 21 avril 2009, dans un quartier modeste de Chicago,  une vieille dame s’éteint à l’âge de 83 ans, et personne n’est là pour la pleurer. Quelques grands enfants rendent un dernier hommage à leur nounou regrettée : ils font alors partie des rares personnes qui garderont souvenir d’elle. Sans famille et sans ressources, elle s’en est allée sans rien laisser derrière elle.

 

Sans rien laisser, ou presque : les intéressés récupèrent ses vieux cartons entassés dans l’appartement qu’ils lui permettaient d’occuper et découvrent qu’ils renferment plus de 100 000 négatifs conservés comme autant de précieux secrets… Mais le temps et l’énergie leur manquent pour se plonger dans les innombrables archives d’une vie qu’ils ne connaissent, finalement, que très mal. Ils s’en débarrassent contre quelques centaines de dollars à une vente aux enchères.

 

C’est qu’ils étaient alors bien loin de se douter que cet amoncellement anarchique de boîtes usées contenait l’oeuvre de celle qui allait bientôt s’imposer, de façon posthume, comme l’une des plus grandes photographes de l’histoire. Cette magique réincarnation d’une nounou un peu loufoque en une superstar du Rolleiflex, on ne la doit pourtant qu’à l’immense travail d’un homme – et, il est vrai, à un brin de chance…

 

Si l’on veut s’imprégner un peu plus de l’oeuvre de cette Mary Poppins de la photographie, on peut voir le documentaire réalisé par John Maloof, intitulé À la recherche de Vivian Maier, sorti le 2 juillet 2014 dans nos salles. Comme son nom l’indique, ce film retrace donc l’histoire de la découverte d’un génie qui voulait n’être jamais connu, depuis l’achat fortuit de ces vieilles boîtes à la reconnaissance mondiale de l’artiste. À l’instar de ses négatifs, on y voit peu à peu se révéler la personnalité de cette nounou mystérieuse et bourrée de contradictions. Bref, on découvre la femme derrière l’oeuvre.

 

Mais, plus encore qu’une oeuvre hors du commun — que l’on peut désormais admirer dans les plus belles salles d’exposition de Londres, Paris ou New-York — ou la personnalité étonnante de la photographe, ce qui frappe dans ce film, c’est la détermination de ce jeune homme qui s’est démené pour que soit connue et reconnue cette femme dont il ne savait rien que son immense talent — talent qu’elle n’avait pourtant jamais voulu partager avec qui que ce fût.

 

Fallait-il alors respecter sa volonté et laisser les négatifs dans leurs boîtes ? Fallait-il taire le talent et ne rien révéler ? John Maloof a-t-il accompli un nécessaire travail de transmission et de mémoire ou bien a-t-il seulement utilisé et usurpé un génie à des fins personnelles ?

 

Ces questions restent et resteront ouvertes aussi longtemps que l’on continuera de s’intéresser à Vivian Maier – et donc aussi longtemps qu’on donnera raison à John Maloof avant même que de pouvoir se poser ces questions. Ce qui est passionnant chez Vivan Maier, c’est cette obstination à garder une trace de chaque moment de sa vie, sans jamais révéler cette trace. Son oeuvre est avant tout une oeuvre intime, et donc authentique. Et ce qui est passionnant chez John Maloof, c’est d’avoir cru en la richesse intérieure d’une personne sans même la connaître.

 

Chez Porte-plume, nous travaillons, à l’instar de John Maloof, à la transmission de la mémoire. Nous souhaitons donner à chacun la possibilité de laisser une trace de sa vie à ses proches en toute authenticité. C’est là notre raison d’être. Et quand nous regardons l’oeuvre de Vivan Maier, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser qu’elle aurait certainement adoré sortir elle-même ses négatifs pour mieux nous raconter sa vie.

 

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