« Est-ce que Mamie existait du temps des Romains ? » demande Agnès, 7 ans et demi, à ses parents. Plutôt mignon, comme question, non ? Et ô combien révélatrice du difficile rapport au temps et à son écoulement pour nos chères petites têtes blondes.

Un peu comme dans cette publicité où le grand-père soupire sur ses souvenirs passés en murmurant « j’ai l’impression que c’était hier… », et sa petite-fille de répondre « bah non, papy, c’était mardi ! ».

 

Hier, aujourd’hui, demain.

Ce soir, avant, l’année prochaine.

Le passé, le présent, le futur.

Autant de concepts et de mots qui sonnent encore creux pour des tout petits qui n’ont pas encore bien assimilé le rythme immuable de la vie.

Alors on ruse, on feinte. On parle en des termes qu’ils sont capables de comprendre et de retenir : « encore quatre dodos avant d’aller au spectacle de cirque ». On tente de leur inculquer la notion de jours, de mois, de temps qui passe.

 

Je me revois petite, à trépigner d’impatience devant mon calendrier de l’avent, et à me dire que, peut-être, si je grignote plusieurs chocolats en une seule fois, le jour tant attendu de Noël viendra plus vite ?

… Et je me vois aujourd’hui, la trentaine bien installée, à compter les jours qui défilent dans mon agenda, et me dire sans cesse avec une sorte de pincement au cœur « oh la la, mon dieu, ce que ça passe vite… ».
C’est fou comme le temps semble effectivement s’accélérer au fur et à mesure qu’on grandit et vieillit. Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenue, si j’en retiens toutes ces fois où ma mère m’a dit « et tu verras, ce sera encore pire quand tu auras mon âge ! ».

 

Tellement vrai. Hier encore, une année me semblait laisser suffisamment de temps pour entamer des tonnes de choses, lancer nombre de projets. Aujourd’hui, je vois passer les mois les uns après les autres avec cette seule perception que le temps file, intransigeant, et ne me laisse jamais assez de journées et de semaines pour accomplir tout ce que je souhaiterais. Je n’ose même pas penser à ce qu’il en sera dans quelques années.

Pourtant, je me souviens très précisément de ma grand-mère lorsque nous passions nos vacances chez elle. Elle me donnait toujours l’impression de flotter, libre, sereine, à simplement profiter du temps qui lui restait, sans stress, et surtout sans donner l’impression de compter.

Est-ce que c’est ça, de vieillir ? Atteindre la sérénité, ne plus compter les heures, les jours, les mois, et simplement profiter du moment présent ? Est-ce que le temps suspend enfin son vol lorsqu’on a décidé de ne plus le mesurer ? C’est ça le secret ?

 

Pour en savoir plus sur les biographies Porte-plume, cliquez ici